Lettre à mon ravisseur - Lucy Christopher

Présentation
Ça s'est passé comme ça.
J'ai été volée dans un aéroport.
Enlevée à tout ce que je connaissais, tout ce qui était ma vie.
Parachutée dans le sable et la chaleur.
Tu me voulais pour longtemps.
Et tu voulais que je t'aime.
Ceci est mon histoire.
Une histoire de survie.
Une lettre de nulle part.
Mon avis ![]()
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Avant tout, j'ai toujours aimé les livres de la collection Scripto qui sont particulièrement soignés et la couverture de celui-ci ne fait pas exception à la règle puisqu'elle est très jolie ^^ C'est bouleversée que je viens de déposer ce livre que j'ai dévoré en quelques nuits (dans ma situation actuelle, c'est rapide ^^). Une de ses grandes qualités est tout d'abord son originalité : au niveau du contenu, jamais vu auparavant, vous le découvrirez par la suite de ma chronique, mais aussi grâce à sa forme épistolaire.
Comment décrire ce roman ? On peut le considérer comme un thriller, de par l'intrigue, même s'il n'y a pas autant d'action que le laisse paraître la présentation. Les émotions priment en effet, mais c'est loin d'être une romance classique.
Ce roman est avant tout une lettre. Gemma a décidé d'écrire, comme l'indique le titre, une longue lettre à celui qui l'a enlevée. La première question que je me suis posée a été "Pourquoi a-t-elle décidé de la lui écrire ?". La narratrice n'y répond pas tout de suite, mais heureusement elle m'a tellement embarquée dans son histoire que je n'ai plus ressenti le besoin de connaître ses motivations, qui sont tout de même révélées dans les dernières pages. Forcément, la forme épistolaire du roman entraîne l'absence de chapitres. Au début, je m'attendais à la catastrophe , mais, finalement, il y a beaucoup d'espaces entre les différentes "scènes" et on peut facilement s'arrêter lorsqu'on le souhaite, à part bien évidemment si vous êtes aussi captivé que moi. De plus, qui dit "lettre", dit langage simple, mais correct. En effet, Gemma nous fait parvenir toute son histoire, ses pensées et ses ressentis de sorte que le style est très "personnel", intime, émotif, voire poétique. Etant donné qu'elle s'adresse à Ty, son ravisseur, elle parle aux première et deuxième personnes, ce qui nous plonge directement dans leur histoire personnelle. Pendant la majeure partie du livre, il ne sont qu'eux deux en compagnie du seul désert, ce qui renforce cette intimité.
Il n'y a donc que deux personnages développés dans ce récit. Gemma, une héroïne tout à fait "normale", comme chacune parmi nous, s'attend bien à des atrocités telles qu'elle en a vu dans les journaux. Dès lors, elle ne s'éprend pas de son ravisseur, elle le hait au contraire et tente pendant longtemps de s'enfuir par tous les moyens possibles. C'est donc une jeune fille forte qui n'abandonne pas. J'ai beaucoup aimé ce côté "réaliste" de Gemma, mais aussi de tout le livre, notamment de la fin extraordinaire. Grâce à cela, la proximité avec l'héroïne est d'autant plus grande car, à travers tout le roman, on la suit pas à pas, on se met à sa place et on ressent ce qu'elle ressent.
De l'autre côté, il y a Ty qui est le personnage difficile à analyser. Sa psychologie est très complexe, car, d'une part, il a un caractère extrêmement impulsif et lunatique au point que ses changements d'humeur sont dignes d'un réel psychopate, mais, d'autre part, il n'est pas vilain. Il veut le bien, après avoir vécu une enfance difficile, qui est d'ailleurs développée dans le roman. Bref, il s'agit d'un personnage difficile à cerner, on n'identifie pas tout de suite ses objectifs et les motivations de son geste. Ce n'est donc que progressivement qu'on s'attache à lui : plus on le comprend, plus on l'aime bien. C'est d'ailleurs ce que vit Gemma, puisque ça illustre bien le syndrôme de Stockholm qui consiste à ressentir de l'affection ou de la sympathie envers son ravisseur. L'évolution de leur relation constitue donc l'intrigue principale.
Ensuite, ce livre est essentiellement un roman psyshologique. L'action ne prime en effet pas sur les émotions. Elle est présente davantage dans la seconde partie, mais les quelques lenteurs présentes me semblent nécessaires et totalement justifiées. Je ne m'attendais pas à lire un livre sensationnel et je ne me suis donc pas ennuyée du tout. De plus, la "romance" mise en place n'est pas comme les autres. J'ai eu pas mal de doutes comme Gemma à la fin du roman : ce syndrôme de Stockholm, est-ce mal ? Et finalement, j'ai été particulièrement émue par les choix de l'héroïne : la fin est plus qu'émouvante et entièrement justifiée. Ce roman n'aurait pas été un succès si la destinée des personnages à la fin n'était pas celle-ci. J'en ai même versé une larme (ce qui arrive souvent, cela dit).
Il y a également d'autres thèmes qui parsèment le roman : qu'est-ce qui est vraiment important dans la vie ? Cette question revient souvent entre les lignes. Concernant ce que Ty nous en apprend, on nous offre de superbes descriptions des paysages désertiques. Le décor tient une place vraiment importante dans ce roman, puisque la fonction de l'espace est ici sociologique, c'est-à-dire qu'elle caractérise le personnage de Ty. Ce désert infini suggère les états d'âme de Ty, qui se sent libre, qui est "chaleureux" et plein de vie, mais aussi lunatique. De même, comme Gemma s'apprivoise peu à peu à la vie dans ce cadre, Ty espère qu'elle finira par l'apprécier lui-même également.
En conclusion, ce livre me hantera certainement pendant un moment. J'ai été captivée par son réalisme, son émotion et les psychologies développées. Pour reprendre la jolie formule inscrite sur la quatrième de couverture, il s'agit d'"un thriller psychologique qu'on ne peut ni arrêter, ni oublier."
Juillet 2011